« Jouer avec ses ombres »

« Jouer avec ses ombres »

« Jouer avec ses ombres »

Entretien avec Mareike S., danseuse et pédagogue, 38 ans — Kassel

Mareike S., 38 ans, est danseuse indépendante et professeure de danse à Kassel. Elle évoque ici son parcours au sein du programme SAT : une plongée dans le travail de l’Ennéagramme, l’expérience de la transformation intérieure, et la portée décisive du soutien financier dont elle a bénéficié.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager dans ce processus ?

C’est une amie très chère qui m’en a parlé. Elle avait elle-même suivi les stages, et le récit de son expérience a éveillé ma curiosité. Une curiosité profonde, presque instinctive.

 

Qu’est-ce qui vous a incitée à vous dire : “Je veux absolument faire cela” ?

L’Ennéagramme, avant tout. Je n’en savais pratiquement rien — et c’est précisément cette méconnaissance qui m’a attirée. J’éprouvais le désir de mieux comprendre les différences entre les êtres : la manière dont nous réagissons, dont nous nous rencontrons. Et, bien sûr, l’envie intime de me comprendre moi-même davantage.

 

Un aspect en particulier vous a-t-il fascinée ?

Yes — the combination of theatre, bodywork, and Oui : l’alliance du théâtre, du travail corporel et de la méditation. Cette articulation m’a immédiatement parlé. Le fait que tout le processus soit accompagné par des thérapeutes m’a aussi procuré un profond sentiment de sécurité. Je savais que je me trouverais entre des mains expertes.

 

En tant qu’artiste indépendante, financer de tels stages peut être difficile. Comment avez-vous procédé ?

J’ai demandé à ZIST si une réduction était envisageable. C’est ainsi que j’ai découvert que le programme SAT, tout comme l’Association de soutien de ZIST, proposait des aides financières. Une nouvelle bourse venait tout juste d’être créée ; elle prenait en charge environ 25 % du coût du stage.
L’association m’a conviée à un entretien individuel, au cours duquel j’ai dû expliquer ma situation financière. Par la suite, les choses ont évolué rapidement : un comité s’est réuni, et mon dossier a été accepté.

 

Cet entretien vous a-t-il mise mal à l’aise ?

Étonnamment, non. Tout m’a semblé naturel et cohérent. Il est vrai qu’il n’est jamais simple d’aborder des questions aussi personnelles avec une personne que l’on ne connaît pas encore, surtout par téléphone. Pourtant, avec le recul, tout était juste. L’entretien a été honnête, respectueux et, d’une certaine manière, apaisant.

 

Que représente ce type de soutien pour les personnes aux revenus limités ?

Le stage représente un coût important, ce qui est compréhensible au regard de sa richesse. Pour moi, le travail du SAT n’est pas seulement un cheminement personnel ; il fait partie intégrante de mon développement professionnel et humain. Il diffuse ses effets autour de moi.
C’est pour cette raison que les personnes disposant de peu de ressources devraient y avoir accès elles aussi. Sans cette aide financière, ma participation n’aurait tout simplement pas été possible.

 

SAT 1 : présence, intensité et premiers changements intérieurs 

Quels souvenirs de SAT 1 restent les plus vivaces pour vous ?

La présence de l’équipe, avant tout. Cette vigilance, cette qualité d’attention et de compétence profonde m’ont profondément marquée. Le travail individuel a été aussi puissant que les processus collectifs.
Même les moments simples du quotidien, comme les repas partagés, se sont transformés : un espace se créait, dans lequel chacun pouvait être pleinement lui-même, et laisser les autres être tels qu’ils sont. J’ai trouvé une sérénité nouvelle envers moi-même.
Le travail théâtral, particulièrement intense, continue de résonner aujourd’hui. Et la manière dont Chérif, Katrin et Oscar ont chacun guidé les journées, avec leur présence propre, a été profondément émouvante.

 

Avez-vous traversé des moments de doute, ou eu l’envie de partir ?

Oui, absolument. Travailler avec certaines personnes n’était pas toujours aisé. Il m’est arrivé d’avoir l’élan de fuir, mais c’était précisément la raison de ma présence : rencontrer mes propres schémas au lieu de m’y soustraire.

 

Qu’est-ce que SAT 1 a transformé en vous, intérieurement et dans votre quotidien ?

Juste après le stage, j’ai animé une semaine de cours avec vingt élèves. Chaque jour, je me suis tenue devant eux plus calme que jamais. Je me sentais présente, claire.
J’avais auparavant le sentiment diffus d’une insatisfaction constante. Après le SAT, il s’était simplement… évanoui.
Je n’ai pas perdu ma voix une seule fois, je n’avais plus besoin de “forcer”. Et je n’éprouvais plus cette impression tenace de devoir être ailleurs que là où je me trouvais.

 

SAT 2 : explorer la famille d’origine et les racines relationnelles 

Vous avez ensuite participé à SAT 2, à nouveau grâce au soutien de l’association. Qu’est-ce qui vous a donné envie de poursuivre ?

Le thème de la famille résonnait puissamment en moi. Je voulais mieux comprendre mes parents, notre relation, et aussi leur histoire, que je connaissais mal.

 

Qu’est-ce qui vous a le plus touchée ?

Un moment profondément intime : rencontrer mes parents comme des enfants. J’ai eu la sensation de percevoir leur essence, dépouillée des rôles, des attentes.
Grâce à SAT 2 et à la curiosité nouvelle qu’il a éveillée en moi, je me sens aujourd’hui beaucoup plus connectée à eux.

 

Comment avez-vous vécu le travail sur la famille d’origine ?

l y a eu des moments où je me suis demandé : « Mais qu’est-ce que je fais ici ? ». Puis l’inverse se produisait : la sensation que c’était précisément ce qui devait advenir.
L’exercice où nous nous adressions à nos frères et sœurs m’a profondément bouleversée. Il a touché des zones intimes, enfouies. Des paroles que je n’avais jamais prononcées ont enfin trouvé leur place.
À partir du quatrième jour, j’ai beaucoup pleuré, et je suis rentrée bien plus légère que je n’étais arrivée. Tant de choses se sont transformées, même dans les profondeurs inconscientes.
Retrouver le groupe a été un bonheur : nous continuons aujourd’hui à méditer ensemble, en ligne, de manière régulière.

L’Ennéagramme, un approfondissement de la connaissance de soi 

Comment avez-vous vécu le passage de SAT 1 à SAT 2 ?

SAT 1 interroge : Qui suis-je dans le monde ? Comment je me perçois, et comment les autres me perçoivent ?
SAT 2 plonge plus loin : D’où je viens ? Qui m’a façonné ? Comment je me tiens dans la relation ?
Cette progression m’a paru parfaitement logique. Les nombreuses interactions en duo ou en petits groupes étaient exigeantes, mais c’est justement cette exigence qui les rendait si profondément transformatrices.

 

Que retenez-vous du travail avec l’Ennéagramme ?

J’ai compris que l’Ennéagramme ne consiste pas à identifier rapidement un type, mais à cheminer.
Auparavant, j’étais pressée de connaître mon type ; aujourd’hui, je vois cela comme un processus.
Une exploration, un approfondissement de la connaissance de soi.

 

Continuer le chemin : la puissance du groupe et du parcours SAT

Souhaiteriez-vous participer également à SAT 3 ?

Oui, sans hésiter. J’aimerais suivre l’ensemble du parcours. J’ai la sensation qu’il reste tant à découvrir…
Continuer avec le même groupe est d’une grande valeur : c’est un terrain d’apprentissage puissant. Il y règne une profonde confiance, un sentiment d’alliance, et la certitude que nous pouvons aller encore plus loin.

 

Est-ce que vous aimeriez ajouter quelque chose ?

La sérénité et la profondeur avec lesquelles l’équipe tient l’espace m’ont infiniment impressionnée.
Il y a là une expérience immense, une vitalité palpable, et une sensibilité remarquable à ce dont le groupe a besoin à chaque instant.
Rien n’est figé : tout est vivant, incarné.

 

Et que diriez-vous à quelqu’un qui, comme vous autrefois, est curieux mais encore hésitant à s’inscrire au programme SAT ?

Si vous êtes véritablement prêt(e) à vous engager envers vous-même, alors allez-y.
Le SAT est une expérience d’une puissance rare, vécue aux côtés de personnes qui aspirent à la même chose : se connaître, se relier.
Et tout cela dans un espace protégé, dans un lieu magnifique comme ZIST.
Ce qui m’a profondément marquée, c’est que l’équipe a elle-même traversé ces processus. On le ressent, et cela change tout.
Ils portent en eux la passion de ce travail, et ils la transmettent.

 

Merci d’avoir partagé votre expérience avec nous.

Du premier au dernier jour du Processus Hoffman, et un peu au-delà…

Du premier au dernier jour du Processus Hoffman, et un peu au-delà…

Du premier au dernier jour du Processus Hoffman, et un peu au-delà…

Bruno GAUDENS est écrivain. Il nous explique ce qui l’a amené à suivre le Processus Hoffman et en quoi cela a modifié sa manière de se positionner dans la vie.

 

Comment s’est passé pour toi le Processus Hoffman ?

Le tout début du Processus Hoffman a été pour moi très saisissant. Premier jour, première séance de travail, première prise de parole : comme personne ne se lançait et que je suis à l’aise avec les mots ou le fait de parler en public, j’ai commencé par un voilà…
« J’ai écrit toute ma vie des textes pour la télévision mais depuis deux ans j’ai de moins en moins de travail, de moins en moins d’argent, de plus en plus de doutes sur le fait que l’activité de romancier que je mène en parallèle décolle enfin un jour. Et je viens d’avoir 50 ans. Du coup, disons que je pense qu’il y a un lien de cause à conséquence, j’ai des flashes de mort depuis quelques mois qui commencent à m’inquiéter. J’imagine des amis qui parlent de moi, mais à l’imparfait, dans ce qui, au fond, ressemble à une oraison funèbre ; en regardant un objet chez moi je me demande soudain qui l’a pris chez soi depuis qu’il est parti ; ou tout simplement j’essaie de me souvenir comment c’était… quand j’étais vivant. Je suis donc ici au Processus Hoffman pour enrayer cela. Il faut que je réinvente ma vie, que je retrouve du désir et un nouveau moi. »
Alors que l’affaire était bien présentée et clairement énoncée à mon avis, j’entends notre thérapeute Katrin Reuter dire avec empathie : « Mmm… Je vois… Mais je ne comprends pas bien… Dis-moi, quand ton père ou ta mère ont eu 50 ans, il s’est peut-être passé quelque chose à la maison ? »
Et là, en calculant à quelle époque de ma vie ça nous fait remonter, je sens soudain comme un énorme coup de pied dans le ventre. Quelque chose de très violent mais qui ne fait pas mal. Mais je m’accroche au dossier de la chaise pour ne pas tomber car je suis physiquement déstabilisé : je viens de comprendre que c’est le moment où mon père a décidé de changer de vie et de femme et où ma mère a choisi, ou n’a pu faire autrement, de camper sur sa position, selon laquelle aucune autre vie si ce n’est celle avec mon père ne méritait d’être vécue. Elle est morte d’un cancer du sein quelques années plus tard, il est quant à lui allé droit dans le mur à sa manière – et moi (je crois que ça je l’ai hurlé car tout déboulait douloureusement vite dans mon esprit) « et moi je refuse, je ne vais pas, je ne peux pas mourir comme ça ! » Je ne m’attendais pas à un début aussi fort. C’est impressionnant, évidemment.

 

Cette première expérience « impressionnante » s’est confirmée durant le processus ?

Oui, autant que cette approche Hoffman consistant à rapprocher systématiquement nos mots, nos impasses et nos comportements actuels d’un passé sur lequel nous butons toujours, afin de court-circuiter la réaction ou les automatismes que nous enclenchons depuis et bien malgré nous.
Avec une entrée en matière pareille, je me suis surpris à espérer une suite digne d’un film de Pedro Almodóvar ou inspiré de Tennessee Williams : dans un rayon aveuglant de lumière, le passé allait déchirer son voile et pulvériser la douleur qui tomberait soudain à mes pieds en poussière fine (dans un bruit assourdissant). Bien entendu ce n’est pas ainsi que les choses se sont passées.
En revanche, la recherche méthodique et sans relâche des points de concentration des douleurs passées a commencé. Chaque jour, par des approches renouvelées et surprenantes, nous avons exploré tous les rapprochements présent-passé susceptibles de faire des étincelles (« Cette chaise ? Qu’est-ce que je pense de cette chaise-ci ? Que c’est ma place. Je suis bien assise les jambes croisées et je suis à l’endroit qui me revient. Bon… c’est dommage uniquement que ce soit la dernière place. Comme toujours »).
Chaque jour, faisant appel autant aux souvenirs verbalisables qu’aux émotions inscrites dans notre corps, nous avons recherché l’emprise somme toute très physique de ce passé qui ne veut pas passer (« Ok Jacques, quand ta mère se mettait à crier, sa réaction t’étouffait tu dis, n’est-ce pas ? Mais là, là maintenant, permets-toi de respirer enfin profondément, allez – res-pi-re ! »).
Chaque jour, nous avons dressé ensemble nos cartographies émotionnelles un par un pour arriver à en dégager les points essentiels – et réagir. Maintenant.

 

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans le Processus ?

La chose la plus frappante dans le Processus Hoffman n’est pas la recherche du passé douloureux commune à beaucoup de thérapies mais les moyens déployés, entre-temps, pour dépasser ce sur quoi chacun achoppe toujours. Il s’agit en fait d’un faisceau serré d’exercices de visualisation, de méditation, de mises en scène, d’approches symboliques ou créatives et de différentes écoutes du corps, qui ont pour but de nous ancrer en nous-mêmes à présent. Et on se surprend, en passant d’un exercice au suivant, à remarquer à quel point ils sont complémentaires et interconnectés. De sorte à vraiment sérier tout le champ, toutes sensibilités confondues et dans la plus grande des libertés néanmoins : chaque exercice est une proposition aménageable, ou que l’on doit du moins s’approprier « parce qu’attendez une seconde : il est vrai que je vous ai proposé de visualiser un espace intérieur avec des fleurs et de la mousse. Mais si vous trouvez ça comme dit Bruno un peu nunuche, mettez donc à la place un univers de béton, de verre et de bois – je vous en prie ».
Le début théâtral et tonitruant de la semaine de Processus Hoffman a ainsi évolué vers un travail méticuleux, consciencieux et très respectueux (respectueux autant de soi que des autres d’ailleurs). Mais comme chacun a une manière différente de se délester de ses fantômes, du ressentiment ou des non-dits, nous avons tous à tour de rôle écrit sur un grand tableau quel était notre objectif personnel en une phrase qui est restée dans la salle commune jusqu’au départ. Le mien était formulé ainsi : « Vivre mon désir de manière indépendante ». Nous ne sommes pas revenus, en groupe, sur ces objectifs définis dès le premier jour et je ne m’y suis pas penché davantage de mon côté.
Je me suis demandé en revanche avant de partir, avec une grande curiosité, qu’est-ce qui allait me rester de tout ce travail, qu’est-ce qui allait changer dans ma vie, et si j’allais m’en rendre compte tout de suite ou pas. Puis j’ai pris le train et je suis rentré à Paris.

 

Comment s’est passé ton retour à la fin du Processus ?

A posteriori, je crois que ce qui m’a le plus impressionné est bel et bien ce retour. Rien de fracassant assurément : j’ai retrouvé mon appartement et ma vie exactement comme je les avais laissés. Mais je me sentais, moi, légèrement déplacé. En fait, le Processus Hoffman ne m’a pas changé, non, mais il m’a permis de changer imperceptiblement ma manière de me positionner. Un rien, justement, qui change tout. Et avec lui, cette sensation de liberté retrouvée qui donne du pétillant à la vie. Bref, en me réveillant je me sentais mieux et j’avais envie de sortir du lit, tout en sachant pertinemment que rien d’extraordinaire ne m’attendait pendant la journée.
Et puis, trois semaines plus tard, j’ai eu un véritable ennui. Pour le livre que je suis en train d’écrire, j’avais besoin d’entrer en contact avec un spécialiste très pointu, à tel point que je me sentais des ailes, ayant réussi à intéresser un professeur du Collège de France. Oui, mais j’attendais son aide depuis 5 mois déjà et là, tout d’un coup, le mail que je recevais de lui me faisait comprendre qu’il me laissait en rade. Je me retrouvais seul. Sans appui. Sans piste pour mon roman qui visiblement n’intéressait que moi. Avec en revanche une détresse dans le ventre qui dépassait de loin le problème présent. Pas pour longtemps cependant.
Avec une drôle d’énergie je me suis retrouvé le téléphone en main à appeler les gens les plus improbables, à la recherche d’une solution. Tout en me sentant franchement absurde. Mais deux heures plus tard, je la tenais, ma solution.
Et mieux encore, je me suis aperçu soudain (un sandwich à la main entre-temps parce que j’avais sauté le repas) que… mais que j’avais poursuivi mon désir « de manière indépendante » ! J’avais donc atteint mon fameux objectif. Non seulement ça, mais en plus je l’avais fait sans même m’en apercevoir. Tellement je l’avais déjà intégré ? M’enfin… ça se passe comme ça, sans prévenir, sans… sans rien, et on s’en rend compte seulement après ?
Eh bien oui.

 

Bruno Gaudens a publié
« Bruxelles, Bruno et les cadeaux ». Ed. Nicolas Philippe, 2005 ;
« Paris c’est mon choix ». ED. Le Veilleur de nuit, 2009
Gierik & NVT : participation au numéro de la grande revue flamande consacré aux auteurs belges ayant choisi Paris, 2012
Venezia Art Magazine : articles sur la Biennale de Venise, 2015
« Assurance de France a un problème avec Colette », 2017